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October 16 LE PARI RISQUÉ DE DANNY WILLIAMSLe premier ministre de Terre-Neuve et Labrador, Danny Williams, a frisé l’irresponsabilité durant la campagne électorale. C’est lui qui a lancé la fameuse « campagne ABC » ou si vous préférez, anything but conservatives. La mésentente avec le gouvernement de Stephen Harper tire son origine du refus des conservateurs d’exclure les revenus du pétrole des transferts de péréquation. Autrement dit, Williams aurait voulu que les provinces plus riches donnent des millions aux Terre-neuviens, dont le niveau de vie est l’un des plus bas au pays, sans que les lucratifs revenus des réserves pétrolifères soient pris en compte. L’argument se défend et Williams n’avait peut-être pas tout à fait tord. Mais là n’est pas la question. Le populaire premier ministre a tellement bien travaillé qu’il ne reste plus un seul député conservateur dans sa petite province. La politique étant ce qu’elle est, les régions qui votent « du bon bord » sont généralement favorisées par le gouvernement. De quoi aura-t-il l’air lorsqu’il va vouloir augmenter ses transferts de péréquation ou renégocier les redevances du pétrole? Je suis loin d’être convaincu qu’il trouvera chez Stephen Harper une oreille attentive. Williams a gagé gros durant cette campagne et il a perdu. Personnellement, il s’en balance pas mal puisque lorsqu’il a vendu sa compagnie de câble à Rodgers, Danny Williams a reçu 282 millions de dollars. Mais ce ne sont pas ses millions à lui qui sont sur la table. Ce sont ceux des Terre-neuviens qui n’avaient pas besoin d’embuches supplémentaires auprès du fédéral. UN PETIT CASSE TÊTE...Bon, ça y est, je n’en dors plus! La langue française est extraordinaire parce qu’elle offre une multitude de mots pour exprimer une idée ou un sentiment. Mais elle n’est pas parfaite. L’autre jour, une amie me dit qu’elle fait de l’«aquajogging», un exercice qui consiste à courir dans la partie profonde d’une piscine. Il semble que ce soit merveilleux pour remettre le corps en forme, sans violence. Donc, elle me dit : «on s’installe dans le profond de la piscine et on fait des mouvements de course tout en essayant de rester à la surface». Alors, si on peut plonger dans le «profond» d’une piscine, comment s’appelle la partie «peu profonde»? Autrement dit, si on dit d’un puits qu’il est «profond», quel serait le qualificatif d’un puits qui serait «peu profond»? Et là, je ne cherche qu'un seul mot. En anglais, il existe. C'est le mot «shallow». Quel serait son pendant français? Pensez-y, vous verrez, la réponse est pas si facile qu’on le croit! October 14 La gauche divisée donne le pouvoir à la droite unieNotre système électoral permet des choses étranges.
Le dernier sondage Harris-Decima sur les intentions de vote des canadiens est troublant. Les conservateurs, donc la droite canadienne, récoltent 34% des voix. De l’autre côté, l’ensemble des partis de gauche, les libéraux, néo-démocrates, bloquistes et verts, récoltent 64% des intentions de vote. Donc, au Canada, deux tiers des gens veulent d’un gouvernement social-démocrate plus à gauche. Mais parce les partis de cette allégeance n’arrivent pas à s’entendre sur un programme commun, ils divisent le vote et permettent à la droite de former un gouvernement dont les canadiens ne veulent pas. On dit souvent que le peuple ne se trompe jamais. Vox populi, vox dei. Mais parfois, la démocratie s’exerce d’une bien étrange façon… October 13 Le Tournant vertLE TOURNANT VERT DU PARTI LIBÉRAL GENÈSE : Mais d’où vient donc cette soudaine urgence de réduire les émissions de gaz à effet de serre (GES)? En 1972 se tient à Stockholm, en Suède, la première grande réunion internationale où il est question des préoccupations environnementales. Le rapport final de Conférence des Nations Unies pour l’environnement comprend 26 principes visant à lutter contre la pollution. Il est alors convenu d’organiser à tous les dix ans ce qui sera désormais appelé le Sommet de la Terre. Celui de 1982 est un échec. Alors en pleine «guerre froide», le président des États-Unis, Ronald Reagan, n’y accorde pas une grande importance et délègue sa fille pour y siéger. Les résultats seront d’ailleurs négligeables. C’est en 1992, lors de la conférence de Rio de Janeiro qu’on élabore le premier véritable plan de lutte contre les changements climatiques. Il comprend 2500 recommandations ou engagements dont la plupart ne seront jamais tenus. On commence alors à parler du fameux «effet de serre» et de réchauffement de la planète. L'article 2 de la Déclaration de Rio affirme que « L'objectif ultime [...] est de stabiliser, conformément aux dispositions pertinentes de la Convention, les concentrations de gaz à effet de serre dans l'atmosphère à un niveau qui empêche toute perturbation dangereuse du système climatique ». PROTOCOLE DE KYOTO C’est finalement en 1997 que les délégués de 160 pays, réunis à Kyoto au Japon, vont s’entendre sur un plan concret de réduction des «gaz à effet de serre». Il est convenu que, pour assurer une stabilité écologique de notre planète, il faudra réduire de 5,2% les émissions de gaz les plus néfastes par rapport à l’année 1990. Concrètement, les États-Unis doivent réduire leurs émissions de 7 %, le Canada de 6 %, et l'Union européenne de 8 %. La Chine, deuxième pollueur du monde, obtient pourtant une exemption parce qu’elle est considérée comme un pays en voie de développement. Même chose pour l’Inde. Les Américains ne sont pas d’accord. Leur raisonnement est le suivant : s’ils reconnaissent être les plus grands pollueurs per capita (20 tonnes de CO2 par habitant, contre 10 tonnes pour les Allemands et 2,3 tonnes pour les Chinois) ils font davantage preuve d’efficacité énergétique. Un Américain est moins polluant si on le calcule par unité de produit national brut. L'Américain moyen émet 0,77 tonne de CO2 pour 90 dollars de PNB, alors qu'un Chinois en émet 3,54 tonnes pour le même montant. Finalement, les États-Unis se retire du Protocole de Kyoto pour adopter un plan beaucoup moins contraignant. Le président Bush s’engage à réduire les émissions de 18%, sur une période de 10 ans, soit une moyenne de 1,8% par année. Loin de la cible de Kyoto à 5,2%! ET LE CANADA DANS TOUT ÇA? Le gouvernement canadien a présenté son plan de mise en œuvre du protocole de Kyoto en avril 2005. Il prévoit des réductions totales de 270 mégatonnes de gaz à effet de serre (GES) d'ici 2012 dans quatre secteurs particuliers : les transports, les gros émetteurs industriels, les maisons et les immeubles commerciaux. Il faut dire que l'effort à fournir ne sera pas le même pour tout le monde. L'Alberta, qui possède une forte industrie pétrolière et gazière, produit 29 % de toutes les émissions canadiennes. Elle est suivie de l'Ontario, qui en produit 28 %, et du Québec, qui en produit 13 %. L'Alberta, qui possède une importante industrie pétrolière et gazière, prétend que la mise en œuvre du protocole de Kyoto entraînera la perte de 450 000 emplois, créera des hausses d'impôt sur le revenu, provoquera des augmentations du coût de l'essence et causera une fuite des investisseurs dans le secteur énergétique. Durant toutes ces négociations, les Libéraux étaient au pouvoir, d’abord avec Jean Chrétien, ensuite avec Paul Martin. Stéphane Dion, actuel chef du parti, était ministre de l’Environnement en 1995, lors de la réunion de Montréal. Il avait alors obtenu la conclusion d'une entente internationale visant à prolonger au-delà de 2012 l'application du protocole de Kyoto. C’est sous cette impulsion qu’il présente, en juin 2008, l’audacieuse politique environnementale de son parti, le fameux Tournant vert. QU’EST-CE QUE LE TOURNANT VERT ? Il s’agit d’une politique qui vise à la fois à réduire de façon significative l’émission de GES et en même temps, à financer les baisses d’impôt pour les contribuables. Selon le principe du pollueur-payeur, une taxe sur les carburants fossiles serait imposée aux individus et aux entreprises qui les utilisent et les profits seraient retournés aux canadiens grâce à des réductions d’impôt. Comme preuve de sa bonne foi, Stéphane Dion demanderait à la Vérificatrice générale, Sheila Fraser, de s’assurer que chaque dollar perçu soit retourné en baisse d’impôt. La première année, le prix serait fixé à 10 $ la tonne d’émission de GES et augmenterait de 10$ par année pour atteindre 40 $ en quatre ans. On procèderait graduellement pour laisser le temps aux individus et aux industries de s’acclimater à la politique en investissant dans des procédés plus verts. Le plan prévoit qu’à terme, le Tournant vert rapporterait 15,3 milliards dans les coffres du gouvernement. Mais le Parti libéral assure que ce sont principalement les 700 plus grands émetteurs de GES, pour la plupart des grosses industries, qui contribueront le plus à la caisse. QUELS CARBURANTS SERAIENT TOUCHÉS ? Étant donné que les taxes d’accise sur le carburant à la pompe équivalent déjà à 42 $ la tonne, soit deux dollars de plus que la cible visée, l’essence ne serait pas touchée par le programme. Donc, pas d’augmentation à la pompe, du moins pour les quatre premières années. De même, parce qu’il existe déjà une taxe de 4 cents le litre sur le diesel et le kérosène des avions, ces carburants n’augmenteraient pas non-plus la première année. Par contre, au bout de 4 ans, la taxe supplémentaire sur le litre de diesel serait de 7 cents. Le Parti libéral estime que les frais d’exploitation des camionneurs augmenteraient de 1700 $ par année. Le mazout léger, qui sert principalement à chauffer les maisons, augmenterait la première année de 2,8 cents et de 11,3 cents au bout de quatre ans. La famille moyenne en utilise 1800 litres par année. La première année, la facture serait de 50 $ de plus et la quatrième année, de 203 $. Les ménages qui se chauffent au gaz naturel verraient leur facture augmenter d’environ 250 dollars, et la bombonne de propane augmenterait de 95 cents au bout de quatre ans. En fait, l’incidence du Tournant vert sur le budget familial moyen serait de 360 $ par année, selon la Coalition du budget. EN QUOI CONSISTERAIENT LES RÉDUCTIONS D’IMPÔT ? Puisque le plan doit être réalisé à coût nul pour les contribuables, le Parti libéral s’engage à redonner la totalité des recettes, 15,3 milliards, en baisses d’impôt. D’abord, le taux d’imposition le plus bas (revenus de moins de 37 178 $) passerait de 15 à 13,5%. Les deux taux d’imposition moyens (37 178 $ à 74 357 $et 74 357 $ à 120 000 $) passeraient respectivement de 22 à 21 % et de 26 à 25%. Une nouvelle prestation fiscale pour enfant serait mise en œuvre et il y aurait divers programmes de lutte contre la pauvreté et d’aide à la famille. Quelques exemples pour une famille moyenne avec deux enfants : REVENU DÉDUCTIONS FISCALES 35 000 $ 1 628 $ 50 000 $ 827 $ 70 000 $ 1 027 $ 100 000 $ 1 327 $ AILLEURS DANS LE MONDE Le Tournant vert n’est pas unique au monde. Il existe déjà des mesures fiscales semblables dans au moins deux pays européens; la Finlande et la Suède. Au Canada, deux provinces imposent déjà une taxe sur le carbone : la Colombie-Britannique et le Québec. Chez-nous, la taxe est équivalente à 0,8 cent par litre d’essence et de 0,9 cent pour le diesel. La taxe n’est pas prélevée directement à la pompe, mais imposée aux raffineurs. Elle devrait rapporter environ 200 millions au gouvernement. DES NUAGES DANS LE CIEL DU PLAN VERT D’abord, certains critiques estiment qu’il est faux de prétendre que le Tournant vert n’aura pas d’incidence sur le prix de l’essence. L’Institut canadien des produits pétroliers affirme que le plan vert aura un impact sur les coûts de production des pétrolières. Invariablement, ces frais additionnels se traduiront par des augmentations à la pompe. Sans compter que la hausse du prix du diesel risque d’avoir un impact sur les frais de transport des commerçants. Donc, si les frais d’approvisionnement augmentent, la facture sera aussi refilée aux consommateurs. Un constat qui est partiellement partagé par l’ancien président de l’institut C.D. Howe, Jack Mintz, qui a réalisé une étude sur laquelle est basé le plan vert de Stéphane Dion. Cependant, il affirme que l’impact sera minime. Les détracteurs du Tournant vert lui reprochent aussi de trafiquer un peu la réalité. En fait, s’il est vrai que la charge fiscale des contribuables sera de 15,3 milliards, il est faux de dire que les baisses d’impôt seront équivalentes. L’éventuel gouvernement libéral retournerait bel et bien les 15,3 milliards dans les poches des canadiens, mais leur charge fiscale en serait quand même alourdie. UN PLAN DIFFICILE À VENDRE Un sondage Léger Marketing, réalisé en septembre dernier, démontrait que moins de la moitié des québécois associaient le Tournant vert au Parti libéral. Dans l’ensemble, moins de la moitié des Québécois (44%) savent que le « tournant vert » est un programme proposé par le parti libéral du Canada, alors que 16% identifient ce programme au Parti Vert du Canada et 13% au parti conservateur. Fait étonnant, les électeurs libéraux sont moins nombreux, en proportion, à associer le « tournant vert » à leur parti (38%). En fait, ce sont les électeurs du NPD (57%) et du Bloc (63%) qui sont les plus nombreux à associer le «tournant vert» au parti libéral. October 03 PORTRAIT DE L'ALIMENTATION AU QUÉBECLA TRANSFORMATION DE L’INDUSTRIE L’industrie de l’alimentation est en pleine mutation. Les petites épiceries de quartier ont disparues du paysage urbain au profit des magasins grandes surfaces et les regroupements de bannières se sont multipliés. Bref, les petits n’existent plus et les gros deviennent de plus en plus gros. C’est comme ça que sont nés les Steinberg, Provigo et Metro : en achetant les petits pour les regrouper au sein d’une grande bannière. On ne peut parler de l’industrie de l’alimentation sans passer par Steinberg. Les supermarchés Steinberg sont nés d’une épicerie fondée par une immigrante juive-hongroise, Ida Steinberg, à Montréal en 1913. À la fin des années 70-début 80, Steinberg est le plus important joueur de l’industrie au Québec et développe en Ontario. Steinberg avait exigé le bilinguisme de ses employés et était devenu une institution au Québec. Souvenez-vous de l’expression : «je fais mon Steinberg», pour dire qu’on faisait son épicerie. En Ontario, Steinberg c’était Miracle Food Mart et Ultra Food and Drug. Mais à la mort de Samuel Steinberg, en 1978, les problêmes de gestion commencent. Les négociations contractuelles avec le syndicat et une chicane de famille causent la déchéance de la compagnie, qui rapidement doit être vendue. En 1992, l’Ontarienne Loblaws tente de l’acheter. Mais le gouvernement du Québec s’y oppose et Steinberg est mise à l’enchère. Soconav s’en porte acquéreur mais ça ne dure pas et à nouveau, on doit vendre l’entreprise. Cette fois, ce sont ses concurrents, Provigo et Metro Richelieu, qui achètent. Pour éviter d’être accusés de monopole, on vend quelques succursales à IGA et en Ontario, les magasins sont vendus à A&P Canada. Donc, la mort de Steinberg fait naître deux joueurs d’importance qui jusqu’ici était plutôt spécialisés dans les épiceries de quartier. Bref, aujourd’hui, à part quelques petites épiceries qui s’apparentent plus à des dépanneurs (sauf en région) l’alimentation est devenue l’affaire des grands. LE PORTRAIT DES JOUEURS Il y a principalement trois grands joueurs dans l’alimentation et un quatrième qui s’en vient : Walmart. LOBLAWS Commençons par le plus gros au pays : Loblaws. Loblaw appartient à Georges Weston Limitée. Avec un chiffre d’affaires de 29 milliards, Loblaw et Weston Foods embauchent 155 000 travailleurs partout au pays et aux USA. Weston est donc le plus important groupe de transformation au Canada. Loblaw possède les bannières Loblaws, Dominion, Extra Foods, Maxi, Valu Mart et depuis 1998, Provigo. Loblaw, c’est aussi plusieurs marques maison comme : Choix du président, Sans nom, Produits financiers Choix du président et Pc Mobile (téléphone cellulaire). SOBEYS Deuxième joueur dans l’industrie, Sobeys a un chiffre d’affaires de 12,8 milliards de dollars. Elle possède 1300 magasins partout au pays. Ce sont les chaînes Sobeys, IGA, IGA Extra et Price Chopper. Sobeys a tenté une percée au Québec avec ses magasins à grande surface, mais ça n’a pas fonctionné et on est revenu à la bannière IGA Extra. METRO Le plus important joueur au Québec est actuellement Metro. Metro, c’est 553 magasins d’alimentation et 263 pharmacies qui ont un chiffre d’affaires combiné de 11 milliards de dollars. La chaîne emploi 65 000 personnes, principalement au Québec et en Ontario. Metro, c’est aussi plusieurs bannières d’alimentation : Metro, Metro Plus, Super C, A&P, Loeb, Dominion, Ultra Food and Drug, Food Basics et The Barn Market. C’est aussi plusieurs bannières de pharmacies : Brunet, Clini Plus, Pharmacy et Drug Basics. Donc, au fil des ans, tous les petits se sont regroupés en mega-chaînes aux chiffres d’affaires impressionnants : 53 milliards de dollars. Mais l’industrie de l’alimentation est peut-être en train de donner raison à l’économiste allemand E.F. Schumacher, qui en 1973 avait écrit un livre bien connu : Small is Beautiful : Une société à la mesure de l’homme. Ce qu’il illustrait à l’époque, c’est que plus une entreprise (ou gouvernement) grossit, plus elle s’éloigne des besoins spécifiques des gens qu’elle déssert. Et ça ne peut pas être plus vrai que dans le secteur de l’alimentation. BÉNÉFICE NET Petit quizz : Savez-vous ce qu’est la marge bénéficiaire des grandes sociétés d’alimentation ? RÉPONSE : En moyenne, 1,8%. À titre d’exemple, Loblaw avec son chiffre d’affaires de 29,3 milliards, ne fait que 330 millions de bénéfice net. C’est le moins rentable de tous avec à peine un peu plus de 1% de profits net. Metro s’en tire un peu mieux avec 2,5% de marge bénéficiaire, parce qu’elle possède des pharmacies qui sont plus rentables, toutes proportions gardées. À titre comparatif, les marges bénéficiaires dans le secteur des matériaux de construction est d’environ 3%, meubles et électronique 2,1% et les stations service, à peine 0,6%. Le problème c’est que les grandes chaînes ont du mal à tenir compte des particularités régionales des différents marchés. Avec leur principe d’uniformisation des prix et des services, il est difficile de s’adapter à une clientèle qui diffère d’une région à l’autre. On a donc commencé à faire ce qu’on appelle du «geomerchandising», c’est-à-dire, identifier le profil du client et lui donner ce qu’il recherche. Les grandes chaînes tentent donc de faire ce que les épiceries de quartier faisaient à l’époque : se rapprocher du client. Le meilleur exemple est sans doute IGA Les Sources, à Cap-Rouge et l’IGA de Vanier, sur le Boulevard Hamel. Deux épiceries de la même bannière, mais qui offrent des produits totalement différents, parce que leur clientèle est différente.
LE PROFIL DU CONSOMMATEUR Et le consommateur change. Les ménages canadiens dépensent environ 6000 dollars par année en épicerie. C’est 2000 dollars de plus qu’il y a 20 ans. Les habitudes ont aussi changé. Il y a quelques années, les québécois faisaient leur épicerie une fois par semaine, toujours à la même place. Selon un sondage Léger Marketing, réalisé pour le magazine Commerce, ça a bien changé. Ainsi : FRÉQUENTATION - Un québécois sur deux va à l’épicerie de deux à trois fois par semaine. - 9% y vont à tous les jours. - 37% une fois par semaine.
- Quatre québécois sur cinq fréquente plus d’une bannière d’épicerie - 24% en fréquentent trois - La bannière préférée des québécois est IGA à 31%, Maxi à 20%, Metro à 18%, Loblaws à 10%, Super C à 7% et Provigo arrive dernière à 4%.
L’un des phénomènes croissant ailleurs au pays et surtout en Europe est l’hypermarché. Qu’est-ce qu’un hypermarché? C’est un magasin de très grande surface où on vend à peu près tout, en passant par l’épicerie, les vêtements, les livres, électronique et pourquoi pas des outils et des pneus. Les premiers hypermarchés ont vu le jour en France, au début des années 80. C’était les chaînes Carrefour, E-Leclerc et Auchan. Chez-nous, Loblaws a tenté le coup, tout comme Maxi, mais sans grand succès. Le sondage Léger Marketing est d’ailleurs éloquent à ce sujet : - 53% des gens préfèrent les supermarchés - 26% une épicerie - 6% un hypermarché - 15% n’importe quel type de commerce
Mais tout ça pourrait changer bientôt. Walmart tente une percée avec des «supercentres» en Ontario avec un certain succès. D’ici février 2009, de 40 à 50 «supercentres» pourraient ouvrir leurs portes au Canada, surtout grâce à des conversions de magasins. Rien pour le Québec, en tout cas pour l’instant, puisque la chaîne a prévu un éventuel agrandissement à ses nouvelle succursales de Lachenaie, Vaudreuil et Brossard, dans la région de Montréal. On y vend aussi plus de nourriture non-périssable, comme c’est déjà le cas chez-nous. Le sondage démontre aussi que ce que recherchent les québécois, avant tout, ce sont des prix concurrentiels : - 37% des gens recherchent des bas prix - Pour 46%, c’est la fraîcheur et la variété des produits qui prime - 9% des gens recherchent un meilleur service - Seulement 6% des gens recherchent un bel environnement et une ambiance agréable
La preuve de ça, c’est la multiplication de l’offre non-traditionnelle. On retrouve de la «bouffe» partout. Les pharmacies vendent de la nourriture et les supermarchés des médicaments. Costco est un hypermarché de plus en plus important et son département de nourriture est très important. Sans oublier les Pharmaprix qui deviennent de plus en plus des généralistes et de moins en moins des pharmacies. LES SOLUTIONS Pour se démarquer, les supermarchés tentent l’approche du service à la clientèle. On disait il y a pas si longtemps, qu’une épicerie était le seul endroit où on pouvait dépenser 200 $ par semaine sans avoir droit aux sourires des employés. Tout ça risque de changer. IGA tente d’introduire son approche «Go Service», une sorte de code de conduite des employés. Suivre le client jusqu’au produit qu’il demande, avoir une bonne connaissance de ses produits et pouvoir le conseiller. On mise aussi beaucoup sur le «prêt à manger». On a remarqué que les jeunes professionnels ne mangent plus à la maison. Ils n’ont plus le temps. Donc, on leur prépare des plats cuisinés à emporter le midi ou le soir à la maison. Les comptoirs à sushis se multiplient. Pour les supermarchés, c’est aussi une façon de donner une deuxième vie à leurs aliments périssables. La viande crue qui est près de sa date de péremption va trouver une deuxième vie dans des plats cuits. Le virage vert des supermarchés est aussi devenu impératif. On vous offre des sacs de papier ou réutilisables et certains commerce mettent des espaces de stationnement à la disposition des voitures hybrides. La diversité des produits coûte de plus en plus cher. Il y a quelques années, on ne trouvait qu’une seule sorte de sauce soya à l’épicerie : la fameuse VH. Aujourd’hui, on en retrouve souvent une dizaine de sortes. Même chose pour l’huile d’olive, le vinaigre balsamique et autres produits du genre. Les sections asiatiques, indiennes et autres se fondent maintenant dans les allées. TOUT POUR AMADOUER LE CLIENT Dans une épicerie, rien n’est laissé au hasard. La disposition des rayons est savamment calculée pour faire dépenser le client. Le pourcentage d'achats non planifiés est énorme. 80% des articles que les clients mettent dans leur panier ne sont pas planifiés. Et ce sont les 20% restant qui font foi de tout. D’abord, le premier département qu’on croise en entrant, ce sont les fruits et légumes. Ce n’est pas un hasard. Les gens sont de plus en plus soucieux de leur santé, donc ils achètent de plus en plus de produits frais. Ensuite, tous les produits courants comme le lait, le pain, le beurre et les produits congelés sont placés autour du magasin. C’est le 20% planifié. Celui qui va faire promener le client à travers le magasin et lui faire dépenser le reste de son épicerie. Le client prend en moyenne 12 secondes pour décider de mettre un produit dans son panier. Et généralement, quand il y entre il n’en ressort pas. Donc, on tente le client tout au long de son épicerie en plaçant des ilots de produits sélectionnés. Souvent des produits sur lesquels on fait une meilleure marge bénéficiaire. On le fait dépenser. En fait, la liste d’épicerie est l’ennemie de l’épicier. Vous entrez au supermarché avec votre liste et vous vous rendez rapidement là où vous trouverez vos produits sans regarder ailleurs. Donc, vous restez moins longtemps dans le commerce, par conséquent vous dépensez moins. CONCLUSION : Small will be beautiful! Bref, les dernières années ont été marquées par une succession de regroupements et paradoxalement, par une baisse des marges bénéficiaires. Jusqu’ici les détaillants en alimentation se sont évertués à gérer l’offre plutôt que la demande. La technologie permet aujourd’hui de mieux comprendre les goûts des clients secteur par secteur, ce qui va améliorer l’efficacité et le service à la clientèle. Selon l’expert en consommation de la firme Deloitte, Guy Barthell, «si la conjoncture justifie un démentèlement des regroupements, c’est probablement le secteur de l’alimentation au détail qui s’y adonnera en premier. La technologie permettra aux distributeurs de collaborer avec un plus grand éventail de détaillants et de leur fournir une variété de produits plus diversifiés. Finalement, Schumacher avait raison : Small is Beautiful! |
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